Au fil des dernières années, la chasse au dindon sauvage ne cesse de gagner en popularité auprès des chasseurs de la belle province. À chaque année, des milliers de nouveaux nemrods pratiquent ce loisir pour la toute première fois. Maintenant, plusieurs experts partagent de l’information pertinente autant du côté francophone qu’anglophone. Certains mettent l’emphase sur l’appel, d’autres sur les appelants, quelques-uns sur le patronage, d’autres sur la prospection, etc. De mon côté, je tente de mettre l’accent sur chaque détail qui mène à la récolte d’un dindon sauvage. Dans cet écrit, il sera question de cinq éléments : la prospection, les équipements, le patronage de fusil, l’appel et la mobilité en situation de chasse.

Étape #1 : La prospection
Bien que ce sujet ait été abordé à plusieurs reprises par des formateurs ou des chroniqueurs, je crois que ce volet est très important dans le taux de réussite des chasseurs de dindon sauvage. Pour la majorité des passionnés, la prospection commence quelques semaines avant l’ouverture en localisant les oiseaux en véhicule. Cependant, je recommande fortement de débuter notre prospection dans le confort de notre maison au moyen des logiciels Google Earth ou Forêt Ouverte. Le but est d’identifier les sites nourriciers, les éclaircies en milieux forestiers ainsi que les zones de parade. C’est surtout ce point que je tente de dénicher. Les zones de parade sont des endroits où les mâles iront accoupler leurs femelles en milieu de journée. Souvent, les dindons vont se percher proche d’un champ ou d’un site nourricier. Dans les heures qui suivent, les mâles et les femelles se dirigeront en majorité dans des milieux moins ouverts que les champs dont des érablières, des chemins forestiers, des zones marécageuses, des coupes forestières, etc. Ce sont ces types d’habitants qu’il faut trouver avant de commencer notre prospection sur le terrain. Avec les données recueillies au travers des différentes plateformes, il est impératif de valider les données sur notre territoire de chasse. Je recommande de débuter notre prospection à l’extérieur 4 à 5 semaines avant l’ouverture de la saison. Pour vous aider, il est pertinent d’utiliser des caméras de surveillance à certains endroits afin de dénicher les passes naturelles. Au fil des semaines, je tente d’identifier où les dindons s’alimentent en matinée ainsi que les endroits où ils vont par la suite. En sachant où les oiseaux se dirigent en milieu de journée, c’est beaucoup plus facile d’établir des stratégies en cas où les dindons ne sont pas coopératifs à l’appel. Après avoir identifié ces lieux préférentiels, il ne reste qu’à identifier les hardes de dindons ainsi que les mâles matures.
#2 : L’équipement
Au niveau du choix de l’équipement, il existe une multitude d’accessoires qui peuvent contribuer à la réussite d’un nemrod. Notamment, on peut penser aux appeaux, aux appelants, aux vêtements, aux abris de chasse, etc. Toutefois, les chasseurs ont tendance à négliger certains détails dans leurs préparatifs.
Au niveau des appelants, il est préférable de se munir d’un mâle juvénile « Jake » ainsi que de deux femelles de type « feeder », « breeder » ou « laydown ». Ces modèles d’appelants sont très polyvalents et permettent une multitude de scénario en situation de chasse. Je préfère avoir une présentation d’appelants relativement sobre et moins agressive. Je n’utilise très rarement 2 appelants de mâle juvénile ou un appelant de mâle mature « tom ». J’utilise simplement un mâle juvénile afin de ne pas faire peur aux mâles subalternes. Au sujet de l’utilisation d’appelants de femelle, j’utilise les positions « feeder » et « breeder » afin de sécuriser le gibier et de rendre naturelle ma présentation. L’usage d’une appelant d’une femelle prête à être accouplée « laydown » va agir de carte d’atout pour provoquer et stimuler l’intérêt des mâles qui sont en interaction avec nous. Il n’est pas obligatoire d’utiliser un appelant pour réussir sa chasse. Lorsque la pression de chasse est forte, je n’utilise pas d’appelants.
Au sujet de mes outils de travail en situation de chasse, j’utilise à l’occasion une tente lorsque la pluie se manifeste, en situation de tournage ou en chassant en duo. La tente permet d’atténuer le mouvement et de se dissimuler avec le couvert forestier. Le désavantage de la tente est le manque de mobilité en situation où les dindons ne sont pas coopératifs à notre stratagème. Impérativement, j’utilise des vêtements silencieux. J’aime être habillé en plusieurs couches car la température varie énormément en fonction de l’heure de la journée. L’important est d’avoir un vêtement camouflage, silencieux et qui permet d’avoir une certaine liberté de mouvement en situation de chasse. Au niveau des bottes, je varie entre l’utilisation des bottes de caoutchouc et des bottes lassées en fonction de la météo et du type de sol (sec ou humide). Un autre équipement essentiel à notre arsenal est la veste à dindon. Celle-ci permet d’avoir à portée de mains nos appeaux, notre télémètre, nos jumelles, nos munitions ainsi que notre permis de chasse. Je recommande une veste avec beaucoup de poches et avec des fermetures éclaires extrêmement silencieuses. À titre complémentaire, je recommande d’avoir un « coupe aulne » pour être en mesure de se faire rapidement un corridor de tir en situation de chasse. En cas de mise à mort d’un dindon, il est pertinent d’avoir un transporteur à dindon pour être en mesure de ramener notre équipement ainsi que notre oiseau adéquatement à notre véhicule.



Les salines
#3 : Le patronage du fusil
Ayant travaillé pendant plusieurs années dans une boutique de chasse et pêche, j’ai vu à plusieurs reprises des chasseurs venir en magasin se procurer seulement qu’une boite de cartouches à dindon ainsi qu’un tube d’étranglement. En majorité, ils partaient ensuite essayer leur fusil à 20, 30 et 40 verges. Cependant, cette démarche minimaliste n’est pas optimale pour effectuer un tir éthique à court, moyenne ou longue distance. En matière de patronage d’un fusil, je recommande d’essayer 3 à 5 types de munitions ainsi qu’avec 2 ou 3 tubes d’étranglement différents. Le but est de trouver la combinaison gagnante qui permettra d’avoir une gerbe de plomb plus dense à longue distance. À titre d’exemple, j’utilise un fusil à pompe chambré 3 pouces ½ avec un canon de 28 pouces. J’ai essayé 4 tubes différents et 8 sortes de munitions différentes. De mon côté, mon fusil me donne un patron adéquat jusqu’à 60 verges avec une munitions de 3 pouces avec des billes de tungstène #7. Il suffit d’essayer différentes combinaisons et d’investir. Au niveau des munitions, j’essaie surtout des cartouches 3 pouces avec une grosseur de billes entre 5 et 7. Pour optimiser le rendement de votre fusil, il est pertinent d’utiliser un télescope ou un point de visée holographique. Cela permet d’augmenter la précision au-delà de 40 verges. En somme, il est important de faire des échantillonnages calculés afin de maximiser notre précision.
Le moment tant attendu
#4 : l’art de l’appel du dindon
En ce qui concerne la communication avec cet oiseau, il est connu qu’on peut appeler le dindon au moyen des appeaux à friction ou à vent. Il existe une panoplie d’artifices qui permettent d’établir un contact vocal avec le gibier. Pour la chasse au dindon sauvage, une théorie que l’on entend souvent est que le chasseur doit appeler souvent cet oiseau et surtout à très haut volume afin de se faire entendre à longue distance. Cependant, ce n’est pas la réalité. De nos jours, les dindons deviennent de plus en plus éduqués à la pression de chasse. Ils ont détecté à maitres occasions les stratagèmes des nemrods. C’est pour cette raison que je mets l’emphase sur l’importance d’émettre des sons naturels et surtout à volume bas ou modéré. Au lieu, d’utiliser une boite à friction à haut régime, je préfère utiliser une ardoise ou un diaphragme afin de produire des roucoulements ou des « yelps » à bas volume. Les dindons ont une ouïe très développée. Il n’est pas rare d’entendre et de voir un dindon à à 500 mètres de nous et par la suite répondre à nos appels. Donc, ma plus grande recommandation est de réduire notre volume et l’intensité de nos appels afin de ne pas « brûler » nos opportunités face aux mâles matures.

#5 : L’importance de la mobilité en situation de chasse
Dans la majorité du temps, beaucoup de gens ont une approche plus passive et statique en situation de chasse. Quand les oiseaux sont coopératifs et réceptifs, ces derniers vont interagir et s’approcher rapidement de nos appelants. Cependant, il n’est pas rare de voir des dindons contournés nos appelants et se dirigeront vers un autre champ ou directement en forêt. Dans cette éventualité, le chasseur reviendra bredouille puisque le mâle convoité n’aura pas franchi une distance de tir éthique. En réalité, il est possible de prendre sa revanche en se déplaçant vers les dindons. Pour réussir, il est nécessaire d’avoir fait une prospection sur carte et sur le terrain afin de déceler les endroits où les dindons vont au milieu de la journée. Le but est d’anticiper leurs déplacements pour réussir à se rapprocher d’eux. En cas où les dindons s’éloignent et se dirigent vers l’extrémité d’un champ ou de la forêt, je tente de les devancer de manière subtile et silencieuse sans se faire voir par un de leurs congénères. Il est possible d’avoir une seconde chance de berner l’oiseau avant l’heure limite de midi. Je tente des stations d’appels à bas volume avec des stations d’affûts d’environ 45 minutes. S’il n’y a pas de signes de présence du dindon, je me déplace à nouveau d’une centaine de mètres. En période de déplacement, il est important de bien visualiser l’environnement et de faire beaucoup d’écoute. Cette technique m’a rapproté énormément de succès dans le passé dont un doublé de mâles juvéniles récolté en forêt vers 9h00 du matin en compagnie d’un ami en 2023.

Pour conclure, réussir une chasse au dindon sauvage n’est le fruit du hasard. Une prospection éclairée, un équipement adéquat, un fusil qui offre un patronage précis, des appels naturels et réalistes ainsi qu’une proactivité en situation de chasse vous permettra d’avoir du succès. Bien que ces aspects aient déjà été cités par plusieurs experts. Je trouvais pertinent de rappeler l’importance de revenir à la base dans notre préparation pour cette pratique. Le dindon sauvage mérite qu’on lui accorde une grande importance car celui-ci fait vibrer nos passions à chaque printemps et nous fait vivre de grandes émotions.
Bonne saison à l’ensemble des chasseurs et chasseuses du Québec !

Voici les liens de nos compléments vidéo sur YouTube en lien avec l’article
https://www.youtube.com/watch?v=QLyzH51OWqM&t=10s
https://www.youtube.com/watch?v=YlMiyTzvdFc