À chaque année, l’ensemble des chasseurs et des chasseuses du Québec chérissent et rêvent à leurs prochains périples de chasse. Je ne fais pas exception à cette réalité. Que ce soit pour le dindon sauvage, l’ours, le cerf de virginie ou l’orignal, j’ai toujours hâte de renouer avec la forêt pour traquer mes gibiers préférés. Cependant, mon cœur penche davantage pour mon périple annuel sur l’ile d’Anticosti. Depuis maintenant 4 ans, j’ai le privilège d’accéder à ce joyau pour pratiquer une chasse éthique au cerf de virginie. Dans cet écrit, il est question de mon plus récent séjour sur cette ile mythique où les souvenirs se créer et les rêves se réalisent. Il me fera plaisir de vous transmettre à l’intérieur des prochaines lignes ma passion et mon amour pour ce patrimoine mondial de l’UNESCO.
Revenons en arrière sur les origines de l’ile d’Anticosti
Pour vous mettre en contexte, l’ile d’Anticosti est un territoire québécois d’une superficie de 7953 kilomètres carrés où les cerfs de virginie règnent depuis 1896. Au départ, l’ile d’Anticosti fût acquéri en 1895 par Henri Menier pour la somme de 125 000$. Celui-ci était un riche chocolatier français dont son rêve était d’acquérir un territoire pour en faire son propre paradis de chasse. Initialement, l’ile était constituée d’ours noirs, de renards roux, de martres d’Amérique, de loutres de rivière, de souris sylvestres et de deux espèces de chauves-souris. Ce passionné de chasse y introduit plusieurs espèces dont l’orignal, le cerf de Virginie, le castor, le lièvre et la gélinotte huppée. L’espèce qui a le mieux réussi à s’établir sur l’ile est le cerf. Maintenant, ce milieu insulaire est reconnu mondialement pour la chasse au cerf de virginie grâce à sa forte densité de cerfs au kilomètre carré ainsi qu’aux paysages uniques en contexte de chasse. C’est l’un des seuls endroits où c’est possible de chasser ce cervidé sur des territoires exclusifs en faisant de la chasse fine.

Revenons à mon dernier séjour de chasse
L’an dernier, j’ai eu le plaisir de chasser sur le territoire de Sépaq Anticosti, plus précisément au secteur Brick. Cet étendu a une superficie de 70 kilomètres carrés. Situé sur la rive sud de l’ile, ce secteur regorge de vielles sapinières, de quelques plaines et de longs chablis. Il abrite un long canyon ainsi qu’une rivière qui agissent d’entonnoirs naturels pour les déplacements du cerf. Dans les mois qui précédaient mon séjour, j’ai fait une prospection détaillée de notre secteur grâce à forêt ouverte ainsi qu’aux cartes Xpert. J’avais eu aussi la chance de discuter avec mon conseiller et grand ami Maxime Dubé dans le but de m’aiguiller sur les attraits de cette zone. Je savais pertinemment que mon secteur avait un certain potentiel pour pratiquer la chasse fine et la chasse à l’affût. Du haut de mon analyse ainsi que des commentaires des chasseurs qui ont chassé ce secteur auparavant, j’étais confiant et motiver de d’explorer le terrain.
Notre arrivée sur l’ile
À chaque voyage, on ressent une certaine frénésie en arrivant à l’aéroport de Québec, de Montréal ou de Mont-Joli. On retrouve une dizaine de groupes de chasseurs qui s’apprêtent à vivre eux aussi un séjour épique en sol Menier. Au moment où l’on embarque dans l’avion en direction de Port-Menier, la fébrilité et les émotions s’emparent de nous et c’est à ce moment que le voyage commence !
Environ une heure plus tard, il est possible de voir au loin pour la première fois la topographie de l’ile d’Anticosti. Tourbières, lacs, boisés et bord de mer sautent à nos yeux. Lorsqu’on atterri sur l’ile, c’est un sentiment indescriptible qui nous habite. La poignée de mains des employés de l’aréoport, les « Bienvenue sur l’ile d’Anticosti », l’accueil du personnel ajoutent à la féérie. Dans les minutes qui suivent, nous prenons nos bagages, faisons connaissance avec notre guide Luc Bouchard et direction Port-Menier. Nous en profitons pour faire l’épicerie, acheter nos permis de chasse et rendre visite aux emblèmes de l’endroit qui sont les chevreuils résidents du village. Humoristiquement à notre arrivée, le comité d’accueil de l’auberge composé d’une dizaine de cerfs nous a souhaité la bienvenue et prenant quelques clichés à leurs côtés.

Après quelques arrêts au village, il était maintenant temps de prendre la route pour un trajet de 130 km direction sud est pour rejoindre le secteur Brick. Tout au long de la montée, il a été possible d’observer plusieurs cerfs et de superbes paysages dont la rivière Jupiter.




En fin d’après-midi, nous sommes enfin arrivés à notre chalet sur le bord de la rivière Brick. Vue exceptionnelle sur la mer et la rivière, il a été possible dès notre arrivée de voir des cerfs et quelques renards dans les environs. Avec la vue incroyable sur le coucher de soleil, il nous restait qu’à préparer un bon repas avant le début de notre chasse.

Dès notre réveil, mes coéquipiers et moi étions prêts à débuter notre expédition. Notre guide Luc avait établi un plan de match qui correspondait aux 4 chasseurs. Pour ma part, je débutais ma chasse au nord du secteur dans des milieux boisés et dense. Je devais prendre une pause dans une petite plaine à la mi-parcours. Vers 7h00, je débarque du camion pour débuter ma première séance de chasse fine. Ce matin-là, c’était un matin ensoleillé avec un vent léger. Je progressais dans le sentier à pas feutrés dans le but d’être discret. 600 mètres plus loin, j’ai croisé le chemin d’une femelle et son faon. Les deux bêtes ont continué leurs déplacements sans être alarmées. Au fil de mon parcours, j’ai aperçu des sentiers de cerfs, des frottages et des grattages. À la croisée de deux sentiers, j’ai laissé passer deux daguets qui marchaient côte à côte en direction d’un chablis. Vers 8h40, j’ai pris une pause dans une éclaircie au cœur du boisé. J’ai utilisé mon grunt call pour émettre quelques appels de mâle. Soudainement, j’ai vu une silhouette de cerf qui s’approchait de moi à ma gauche. J’ai vu une couronne sur la tête de l’intrus. Il s’agit d’un mâle de 4 pointes de 2.5 ans. Étant dans une période de chasse un peu plus difficile, j’ai décidé de prélever ce gibier au moyen de ma carabine de calibre .300 win mag à une distance de 20 mètres. Le sujet s’est effondré sur place suivant le coup de feu. J’étais satisfait de cette première récolte et cela me permettait maintenant de me concentrer davantage sur un mâle mature. Pour le reste de ma première journée, j’ai observé quelques femelles accompagnés de faon. Du côté de mes coéquipiers, ils ont observé quelques femelles et 3 daguets tout au long de la journée. Cette première journée s’est couronnée de succès.


Rendu au deuxième matin, la météo avait complètement changé. Maintenant avec un plafond bas et nuageux, l’ensoleillement et la visibilité étaient réduits. Ma stratégie était d’arpenter un long sentier qui traversait un chablis, une vieille sapinière ainsi qu’une vieille ligne à l’huile. Ce matin-là, les cerfs étaient très nerveux. Je n’étais pas en mesure de les approcher adéquatement. Le vent tourbillonnait et cela me nuisait énormément durant mon parcours de la journée. Après avoir parcouru 5 kilomètres sans rien voir, j’ai décidé de prendre une pause à la jonction d’un sentier de cerfs et du chemin principal. J’ai découvert à cet endroit la présence d’un grattage au sol. J’en ai donc profité pour prendre une pause à cet endroit et de faire une séance d’appel de rattling léger et de « grunt ». Environ 10 minutes plus tard, j’ai entrevu une couronne de 8 pointes au travers du sapinage devant moi à une distance de 50 mètres. Le sujet s’est immobilisé entre 2 jeunes épinettes blanches à 40 mètres de moi. J’ai effectué un tir, mais malheureusement, le projectile a dévié sur une branche et n’a pas atteint le gibier. Mes coéquipiers et moi avons tout de même fait une battue de manière protocolaire. C’est toujours difficile de rater un tir sur un mâle mature. Cependant, j’avais confiance que l’ile allait être généreuse à nouveau envers moi et que j’aurai d’autres opportunités. Pour le reste de la deuxième journée, j’ai observé 3 femelles, 1 faon et un 4 pointes de 1.5 ans devant. J’ai terminé la journée dans une cache situé dans un emplacement stratégique méticuleusement choisi par le guide Luc.
Nous sommes maintenant rendus au troisième jour de chasse sur une possibilité de cinq. Nous étions jusqu’à maintenant satisfait de notre séjour. Nous avions 2 cerfs de récolté. Je n’étais pas inquiet que la chance allait nous sourire à nouveau. À notre réveil, une pluie légère se fit entendre sous le toit de tôle du campement. Mon objectif pour cette journée était d’explorer le nord-ouest du terrain en chasse fine. J’avais prévu de marcher environ 7 kilomètres dans ma journée combiné à quelques séances d’affût. J’ai débuté ma marche vers 7h55. Après seulement une quinzaine de minutes de marche lente, j’avais déjà observé 3 femelles et 2 faons. J’étais optimiste que cette pluie allait faire bouger les cervidés du coin. Quelques kilomètres plus loin, j’ai découvert le vestige de plusieurs mâles. Une dizaine de grattages et de frottages ont été observé consécutivement dans le sentier. J’étais vraiment motivé de faire la rencontre d’un mâle mature.


L’objectif derrière ce long trajet était d’accéder à une plaine où le guide m’avait souligné que c’était un endroit à fort potentiel dans le but de récolter un mâle. En arrivant à la plaine en question, j’avais une visibilité réduite causée par le brouillard. Je voyais seulement 150 mètres devant moi. Je savais qu’il y avait un étang au centre de l’ouverture. Je voulais justement m’asseoir à cet endroit pour diner et faire de l’affût. À ma grande surprise, je n’ai pas eu le temps de me rendre à cet endroit puisque j’ai croisé le chemin d’une masse foncée en déplacement sur une transition de mélèzes. Situé à 350 pieds de moi, j’ai observé aux jumelles l’intrus. J’ai découvert la présence d’un panache large avec 6 longues pointes sur sa tête. Instinctivement, je me suis empressé de m’appuyer sur mon bâton de tir pour effectuer le tir. J’ai laissé partir le projectile dans la zone vitale du mâle et ce dernier s’effondra sur place. Les émotions étaient au rendez-vous et j’étais extrêmement fier de cette récolte. Ce mâle arborait un panache de six pointes et d’une largeur de 17 pouces ¾. Dans les minutes qui ont suivi, j’ai contacté mon guide et celui-ci est venu chercher la bête au moyen de son vtt. Du même coup, mon collègue martin et mon père ont prélevé eux-aussi des chevreuils soit deux femelles. Pour le reste de la journée, je suis resté au chalet pour chauffer le poêle à bois, préparer les repas et faire sécher mon équipement.
Maintenant rendu au quatrième jour de chasse, j’agis maintenant à titre d’accompagnateur au sein du groupe. Je décide d’accompagner mon ami Bruno pour la journée. Notre offensive était d’explorer le sud du secteur. Au menu, nous voulions parcourir quelques kilomètres entre boisés et tourbières afin d’accéder au bord de mer. Étant un des seuls endroits où c’est possible de chasser le cerf en bordure de la mer, il était impératif pour nous de tenter notre chance. Environ deux kilomètres après notre départ, nous avons mis les pieds sur la plage. C’est un véritable dépaysement ! Ensuite, nous avons décidé d’arpenter les boisés avoisinants la plage. À 100 mètres de la mer, nous avons aperçu un mâle de 4 pointes. Par la suite, nous avons tenté l’approche et mon comparse a effectué un tir précis à 50 verges. Nous avons profité du reste de notre journée pour ramener la venaison à la « meat house », ramasser notre équipement, chauffer le campement et préparer un copieux repas. De leurs côtés, martin et mon père ont complété leur chasse en abattant des femelles. Notre séjour a été couronné de succès sur toute la ligne. Le lendemain matin, nous prenons la décision de retourner à Port-Menier afin de profiter du confort de l’auberge pour une dernière nuit ainsi que pour découvrir les attraits aux alentours du village.
Pour conclure, j’ai apprécié énormément chasser le cerf de virginie sur l’ile d’Anticosti. Renouer avec ce paradis permet de se ressourcer, de sortir des sentiers battus et d’être dépaysé. Depuis 2020, l’ile a conquis mon cœur et je me fais devoir de faire un pèlerinage annuel sur l’ile afin d’entretenir ma passion pour ce milieu mythique. Pour ceux qui hésitent à visiter l’ile d’Anticosti pour une première fois, je vous recommande fortement de planifier un voyage à court ou moyen terme. Vous ne pouvez même pas vous imaginer à quel point c’est un joyau et un paradis terrestre. Que vous soyez un villégiateur, un naturaliste, un chasseur ou un pêcheur, c’est définitivement l’un des plus beaux endroits en Amérique du Nord pour « décrocher » et être en nature. J’ai déjà hâte de retourner sur l’ile en octobre 2025 pour chasser à nouveau le cerf menier.
Anticosti, à bientôt !

